Je me souviens toujours du scandale qui, il y a plusieurs années, a bouleversé la Tunisie lorsque l’opinion publique a découvert le plagiat commis par Jelila Hafsia qui a copié plusieurs passages de deux romans étrangers pour son livre « Cendres à l’aube »
Je me souviens que lorsqu’on m’a raconté cette histoire (parce que le livre était sorti avant que je ne sois né) on m’avait fait comprendre que ce que venait de commettre Jalila Hafsia était une erreur impardonnable et que cet épisode l’entacherait pour le restant de ses jours.
Malheureusement ce qu’on remarque ces dernières années, et notamment à travers la photographie, c’est que certaines valeurs changent. Certains interdits ne le sont plus, ou alors pas beaucoup, ou peut être pas assez pour en parler.
Pourquoi la photographie ?
La photographie est un art accessible à tout le monde. Tout le monde peut se procurer un bon appareil et prendre autant de clichés qu’il désire.
En plus avec l’avènement du numérique, sa pratique est devenue plus aisée et moins couteuse, d’où sa popularisation et sa propagation en masse dans les milieux artistiques.
Le coté technique de cet art (contrairement à la peinture par exemple) est devenu très accessible et tout le monde peut utiliser son appareil avec peu de soucis. Il ne reste donc que les idées !!!
Et ça, tout le monde n’en a pas…
L’art de la photo est donc basé en majeure partie sur les idées et les inspirations du photographe.
Et comme tout le monde n’a pas forcément les bonnes idées, on s’est mis à piquer celles des autres ou alors carrément leurs photos.
J’imagine que tout le monde a entendu parler du légendaire Amine Boussoffara qui s’est servi sur flickr pour faire une expo personnelle, et qui s’est défendu comme un malade en sortant à chaque fois une excuse plus ridicule que sa précédente.
Il y a aussi Zouheir Ben Amor, un « illustre » photographe qui n’a pas hésité à « s’inspirer » de la campagne de Amnesty International pour son expo personnelle en 2OO8 et dont voici les images :
Je me souviens que lui aussi s’est justifié par des explications abracadabrantes et dont la dernière était qu’il allait porter plainte contre Amnesty International qui lui a piqué son idée !!! (ça s’est pasé sur facebook en 2008)
Je cite aussi Zied Ben Romdhane, jeune photographe de talent, mais qui s’est aussi approprié l’idée d’un autre photographe pour son propre compte
J’ai fait exprès de citer ces exemples là, parce que je viens de voir que le fameux Boussoffara et Zouheir Ben Amor participent à une exposition de groupe à Ezzahra comme si rien ne s’était passé. (l'évènement est ici)
Je ne sais pas qui a le courage de proposer son espace à des plagiaires et des voleurs, mais en tout cas il ne doit pas avoir beaucoup de scrupule et surtout d’égard envers l’intégrité intellectuelle en général.
Permettre à des tricheurs d’exercer sous son propre toit, c’est d’abord avaliser leur malhonnêteté et aussi y participer.
Un Boussoffara qui, avec tout le culot du monde, expose des photos quelques semaines après s’être fait choper la main dans le sac, n’a l’air de gêner personne.
C’est pour cette raison que je me mets à croire que l’intégrité intellectuelle est une valeur dépassée en Tunisie. Voler les idées des autres est devenu un geste banal et même béni ! puisque celui qui dénonce ce vol sera certainement accusé d’agaçant, de vouloir mettre les bâtons dans les roues, de jalouser « l’artiste », etc…
Mais ce que je crois par-dessus tout, est que ces pratiques nuisent colossalement à l’art et à la culture en Tunisie.
Il y a des jeunes qui font du super bon travail (on peut en voir des exemples à la galerie aire libre à El Teatro en ce moment) et qui commencent à être sérieusement salis par ces histoires de plagiat et de vol. Les galeristes se méfient, les acheteurs redoutent de se faire arnaquer…
A travers la photo on comprend que les valeurs qui existaient dans le temps sont en train de s’évanouir.
L’alarme doit être sérieusement tirée pour ce sujet là et l’éveil aux valeurs culturelles doit être imminent.
La solution ne sera certainement pas les lois et les tribunaux, mais surtout le regain d’une conscience perdue dans cette folie numérique et cette culture éparpillée qui a parfois du mal à retrouver ses attaches.





















